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Effrayante crue sur le forum d'ActuSF dans le fil que je mentionnais dans mon précédent poste. En un jour, la chose est
passée de cinq pages à trente pages. Il y a un côté métastatique. Un gargouillement. C'est assez hideux et fascinant à regarder cette espèce d'incontinence qui enfle. Ce mélange de solitude
douloureuse, d'ordure, de péroraison, de calembours. Je crois que les gens qui l'alimentent n'aiment pas vraiment les livres. S'ils les aimaient, ils se tairaient. Les livres, eux, passent,
à la dérive. Ce qu'ils contiennent, qui s'en soucie ? Un théâtre un peu accablant, car il préfigure ce qui est déjà là. Le silence, et tout ce qui y participe (les livres, la nuit limpide, le
crapaud accoucheur sous la pierre), sont condamnés.
En attendant, j'ai commencé un petit recueil de Kafû (Interminablement la pluie, chez Picquier), auteur japonais
que je n'avais pas encore eu l'occasion de lire. C'est une littérature d'universitaire, de dandy, d'homme qui recherche le plaisir pour mieux l'épuiser et s'en lasser. On retrouve chez lui cette
chose typiquement japonaise, ce détachement mélancolique ou cette mélancolie du détachement, en tout cas cette émotion que nous aurions tendance à chercher dans les mots et qui, au Japon, est
hors les mots, dans l'invisible de la phrase. Je n'ai lu que les deux premières nouvelles et le long et érudit commentaire de Pierre Faure. Ça m'a permis de découvrir l'existence du Bungaku
Hôkoku-kai (Société de la littérature au service du pays), société dans laquelle quasiment tous les écrivains se sont, volontairement ou non, retrouvés durant la Seconde Guerre
mondiale.
Et Kafû, lui, écrit en 1943 dans son journal:
« Pluie fine pareille à une fumée. Reçu pour la deuxième ou troisième fois un avis du Bungaku Hôkoku-kai exigeant
mon adhésion. Je ne me soucie même pas d'y répondre. Le soir, la pluie cesse. »
Mon genre d'activisme.
Pardonnez-moi, Seigneur, je ne sais pas ce que je fais...
Il arrive à tout homme de s'égarer, surtout quand il emprunte le chemin qui traverse le forum d'ActuSF. Ne laisse pas les démons jacasseurs t'égarer. Je sais que tu connais des sentiers plus sûrs... Va en paix.
je ne manquerai pas de te saluer comme il convient la fois où nous nous croiserons à nouveau.
jeanne-a
Parce que le son flûté et régulier de l'alyte accoucheur pendant les nuits d'été est une forme de ponctuation du silence. C'est un animal délicat et fragile, donc condamné à plus ou moins brève échéance. Mais qui y prête encore attention ?