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Je n'avais jamais fait plus que jeter un œil distrait aux strips de Charles Schulz. La lecture du premier volume de l'intégrale publiée par Dargaud, couvrant les années 1950 à 1952, tient donc pour moi de l'exploration. Je dois dire que je suis conquis, conquis par ce trait et cette narration épurés à l'extrême, par ces petits personnages d'adultes éternellement enfants, fragiles, mélancoliques, contemplateurs, qui n'ont pour décor que le vide, parfois un pas de porte, parfois une fenêtre. Le confort standardisé de l'american way of life, ses icônes, n'ont pas besoin d'être représentés. Ou plus précisément, le vide suffit à les esquisser. Des illusions. Ce n'est pas très drôle. On sourit de temps en temps. On ne rit jamais. Tout semble habité par un secret malaise ou une vague stupeur. Les relations entre les êtres, entre les garçons et les filles, s'exercent dans le non-dit et s'achèvent dans la solitude. Le cours des choses est gouverné par une temporalité flottante, une quasi-stase — « Voilà une bonne question Charlie Brown. Une très bonne question, même ! Tu devrais me la reposer dans six semaines. Je serai alors plus grand et plus sage ». Les personnages ne sont ni émouvants ni attachants. Ils sont… le mot manque à mon lexique. Touchants, peut être, attendrissants. Je veux dire qu'on n'a pas envie de les prendre dans nos bras, juste de s'asseoir à côté d'eux sur le bord du trottoir, de leur parler à peine et d'être cependant heureux de les savoir là, tout près. L'enfant pour toujours en nous, pour toujours hors de nous. Les strips de Schulz sont plus littéraires que la plupart des « romans graphiques » que j'ai eu l'occasion de lire, en tout cas.
Après lecture des Peanuts, on se met à penser son existence comme une suite discontinue de strips de quatre cases.
Ce qui s'avère absolument juste.
Je connais ça, Charlie...
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