Partager l'article ! Première étape dans l'art de garder la vache: Il y a un texte que j'aime sans jamais avoir été vraiment en mesure de le comprendre. Cela fait ...
Il y a un texte que j'aime sans jamais avoir été vraiment en mesure de le comprendre. Cela fait un moment que j'ai envie de suivre son cheminement pour structurer une fiction. J'ai essayé plusieurs fois déjà. Je devrais abandonner, mais j'y reviens régulièrement. Encore ce matin, je vais chercher cet opuscule de quelques pages coincé entre l'énorme Atlas historique de Kyoto dirigé par Nicolas Fiévé et un drôle de guide touristique en japonais d'un Paris hamiltonien totalement fantasmé.
Il s'agit d'un texte zen (chan) chinois intitulé Les Dix étapes dans l'art de garder la vache. Il a été écrit au XIe siècle. Ce sont des commentaires anonymes de dix peintures réalisées par un moine bouddhiste nommé Kuo'an. La traduction que je possède est celle du texte anglais édité (avec le texte original en chinois) à Londres en 1927. Elle est datée de 1931 et signée Paul Petit. Elle est accompagnée de gravures de Jean Bernard, jolies mais insignifiantes. Hélas, et malgré les cours de chinois que l'horripifille, sinophile enfiévrée, me fait subir, je ne suis pas en mesure de juger la qualité de cette traduction.
J'ai décidé de partager ce texte avec vous (vous étant, si j'en crois les statistiques de ce blog, une dizaine de personnes, ce qui est conforme à mes attentes, n'effarouchons pas la vache). C'est une manière de m'y couler, d'espérer apercevoir où cela pourrait me mener, d'anticiper le printemps, saison dont le deuil m'est de plus en plus pénible.
Voici donc la première étape dans l'art de garder la vache. J'égrainerai les autres au fil du temps. À raison d'une étape par semaine, ça se finira au moment des élections. On pourra y trouver sens.
En complément, je vous recommande chaudement la lecture de Plaire aux vaches de Michel Ost.
Plaire aux vaches, c'est très important selon moi.
I
À LA RECHERCHE DE LA VACHE
Elle ne s'est jamais égarée et à quoi bon la rechercher ? Nous ne sommes pas intimes avec elle parce que nous avons trahi notre nature la plus profonde. Elle est perdue, car nous nous sommes laissé abuser par les sens trompeurs. Notre maison s'éloigne de plus en plus, et toujours des chemins de traverse et des carrefours embarrassants. Le désir de gagner et la peur de perdre brûlent comme du feu ; les idées de bien et de mal, de vrai et de faux, de juste et d'injuste, s'avancent en bataillons.
Seul dans une contrée sauvage, perdu dans la jungle, il cherche, il cherche !
Rien que les eaux qui se gonflent, les montagnes lointaines et le chemin qui n'en finit pas.
Épuisé et désespéré, il ne sait pas où aller.
Il entend seulement les cigales du soir qui chantent dans les érables.
Derniers Commentaires