Samedi 12 mai 2012
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19:29
Mirez, braves gens. Pour vous et vous seuls, voici la couverture de 120 Journées, couverture que je signe
également, car, selon le vieil adage, etc.
Le roman sera en librairie à la fin du mois d'août.
Un grand merci à Eva qui a risqué le tétanos du genou pour un livre qu'elle ne pourra pas
lire avant quelques années (mais elle est quand même très fière d'y figurer).
Par Jérôme Noirez
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Publié dans : Workshop
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Jeudi 10 mai 2012
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12:47
Voilà que je commente un livre que je viens seulement d'entamer, dont je n'ai lu que les 50 premières pages sur les
500 qui le composent (roman-fleuve autant par sa taille que par le débit de ses eaux). Je crois que quand on est auteur, on ne peut plus être lecteur, lecteur seulement. Chaque lecture devient un
duel. Dans certains cas, on sait que l'on a perdu d'avance, on se couche sur le dos, pattes en l'air. Diadorim de João Guimarães Rosa est un roman monstrueux, au sens le plus
tératologique du terme. 50 pages ont suffi à m'épouvanter. Je suis assis face au narrateur devant une table en bois. Il fait une chaleur terrible. Et j'écoute, sous le joug d'une menace qui n'est
pas le canon d'une arme mais presque, sa logorrhée démente, imprécatoire. Il ne s'arrête même pas pour se désaltérer. D'ailleurs, il n'y a rien à boire sur la table. J'ai chaud. Je sue. Il
postillonne du sable. J'essaye à la fois de comprendre ce qu'il me dit et de m'en prémunir. Il est dément, ça ne fait aucun doute, et redoutablement intelligent, monstrueux et génial. Sa langue
est un chemin grêlé et caillouteux. Je n'arrête pas de me tordre la cheville. Jamais un roman ne m'a fait un effet aussi délétère. Diadorim, c'est Joyce atteint par le paludisme, Don
Quichotte travaillant pour la Sainte Inquisition. Sincèrement, je ne sais pas encore si j'irai jusqu'au bout, mais quoi que je décide, je m'en souviendrai, de ce monstre (Marie, je te remercie et
te maudis).
« Ah, le temps est proche où de tuer les gens ne se pratiquera plus… Moi, je suis déjà vieux. »

Le Grande Sertão (source iconographique : Wikipedia). Je sais une chose en tout cas : après avoir lu Rosa, jamais
je ne foutrai les pieds dans ce coin du monde.
Par Jérôme Noirez
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Publié dans : Littérature
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Mardi 8 mai 2012
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18:27
J'aurais aimé ressentir un soulagement plus intense, une espèce de liesse, mais rien de tout ça ne m'a saisi, ou alors très
brièvement, dans une crispation revancharde (j'ai envoyé quelques SMS pour me donner l'air d'y croire). Et plus tard, dans la soirée, après un petit excès de substances broyeuses de crânes,
jusqu'au souvenir de l'événement qui s'efface… Un truc déjà daté, un temps déjà réformé. Sommes-nous insidieusement entrés dans une ère posthistorique ou du moins dans une ère où les hommes ne
sont plus en mesure que de tenir la chronique de catastrophes qui les dépassent ? Nos figures historiques seront dorénavant des tsunamis, des typhons, des tremblements de terre, des glaciers
évaporés, pas des hommes… Si, je me souviens de jolis plans aériens d'une Tulle scénographiée. Tulle, la grande gagnante de ce moment électoral. La Bastille transformée en fourmilière en
paraissait terne. Pour rien au monde, je n'aurais voulu être là, dans ce grouillement de têtes. Ça, je me le suis dit. De ça, j'étais certain. Du reste, pas trop.
Par Jérôme Noirez
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Publié dans : Divers
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Jeudi 3 mai 2012
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12:44
Je vous avais parlé de l'usage fait par les
élèves du coin roman du CDI dans le collège de l'horripifille. Je ne sais pas si la documentaliste a consulté mon blog, mais des mesures ont été prises. Un miroir a été installé pour pouvoir
surveiller du coin de l'œil les élèves pianotant sur leurs téléphones portables. Résultat : le coin roman est dorénavant désert. Tout le monde s'est rabattu sur les toilettes. Madame, si
vous lisez ce blog, je vous prie de revenir sur votre décision. Permettez à nouveau aux élèves d'utiliser sereinement le coin roman. Au moins, à défaut de les emprunter, seront-ils entourés de
livres. Ou alors, placez une étagère dans les toilettes avec quelques romans défraîchis.
Par Jérôme Noirez
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Publié dans : Horripifille
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Vendredi 27 avril 2012
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17:35
Joli petit livre paru il y a peu chez Picquier, éditeur dont je suis évidemment un fidèle client, Louange des
Mousses de Véronique Brindeau disserte sur l'importance des susnommées dans la culture japonaise, s'appuyant en particulier, vertes photographies à l'appui, sur les jardins du Kokedera, le
« temple des mousses » à l'ouest de Kyoto, où prospèrent plus d'une centaine d'espèces différentes. J'ai toujours aimé les mousses, ces plantes que l'on éradique sans pitié pour obtenir
nos pelouses ennuyeuses. Véronique Brindeau se montre particulièrement intéressante quand elle note la pauvreté de notre vocabulaire « mousseux » comparée à la richesse poétique de
celui dont usent les Japonais, ou quand elle parle de cette propension au regard bas (l'habitude de l'agenouillement), qui met à hauteur des enfants auxquels on s'adresse et de ces végétaux qui
ne se dévoilent que dans l'intimité du regard quand nous préférons embrasser les choses du haut de notre stature. Sa comparaison avec le style cinématographique d'Ozu est habile à ce titre. J'ai
regretté par moments qu'elle ne choisisse pas un angle plus technique, botanique pour parler de ces « îles en forme de brume » pour lesquelles nous n'avons, en Occident, qu'une faible
considération. J'aurais voulu voir de plus près la mousse des sables, le pinceau de Yamato, la mousse « givre qui se dépose », etc. Mais après tout, c'est une « louange », pas
un traité botanique, et le côté chlorophyllien, humide et ombreux qui se dégage de ce livre est de circonstance. À lire aussi en période de canicule pour se rafraîchir.
Par Jérôme Noirez
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Publié dans : Littérature
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